

Pendant trois jours, Rodrigues a affiché ses couleurs à Paris. Pour la 48e édition d’IFTM Top Resa, le grand rendez-vous français des professionnels du tourisme, l’île a partagé le stand M054 avec la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA).
Une délégation conduite par Jean-Alain Wong So, commissaire au Tourisme, et Issana Agathe, directrice de l’Office du Tourisme de Rodrigues, a fait le déplacement. À leurs côtés, plusieurs représentants d’hébergements touristiques de l’île sont venus présenter leur offre et rencontrer des agences de voyages, des tour-opérateurs et d’autres professionnels du marché français.
L’objectif était d’entretenir les relations avec les partenaires, agences de voyages et tour-opérateurs déjà engagés sur la destination, tout en faisant davantage connaître Rodrigues auprès de ceux qui la découvrent.
La présence de Rodrigues aux côtés de Maurice a aussi permis de rappeler que les deux destinations ne jouent pas exactement la même carte.
Maurice bénéficie d’une forte notoriété internationale et d’une offre touristique largement développée. Rodrigues cherche, de son côté, à mettre en avant une expérience plus proche de la nature et de la vie insulaire.
Ses paysages ont conservé une partie de leur caractère d’autrefois. Le patrimoine, les traditions, la gastronomie et les activités quotidiennes occupent une place importante dans l’expérience proposée aux visiteurs. Autour de l’île, le vaste lagon et ses îlots, les plages encore préservées et les nombreux sentiers de randonnée permettent de découvrir Rodrigues autrement. À pied, les visiteurs peuvent notamment rejoindre des sites comme Trou d’Argent ou Anse Bouteille et longer une côte où le paysage reste largement préservé.
La destination attire aussi les plongeurs, les amateurs de randonnée et les passionnés de kitesurf. À Anse Mourouk, sur la côte sud-est, cette discipline est devenue l’une des vitrines de l’île. Depuis le premier festival organisé en juillet 2013, le spot s’est fait connaître auprès des pratiquants internationaux.
« Rodrigues est une île préservée et notre objectif est de mettre en avant ses atouts. Nous restons une destination durable », rappelle Jean-Alain Wong So. Derrière ce positionnement, l’île défend un développement touristique mesuré. La protection de l’environnement, mais aussi celle du patrimoine naturel et culturel, fait partie des priorités affichées par les autorités.
En 2025, Rodrigues a enregistré 157 420 arrivées touristiques, un niveau record. Maurice, La Réunion et la France figurent parmi les principaux marchés émetteurs. « Ce sont d’ailleurs nos trois principaux marchés », précise le commissaire au Tourisme Jean-Alain Wong So, lors d’un échange sur le stand de Rodrigues. La destination accueille également des visiteurs venus de Suisse, de Grande-Bretagne, d’Allemagne ou encore de Norvège.
Le début de 2026 est toutefois moins favorable. Sur les quatre premiers mois de l’année, les arrivées touristiques ont reculé de 5,28 % par rapport à la même période de 2025.
Ce recul intervient dans un contexte international compliqué pour le secteur. Le coût du transport et l’augmentation générale du coût de la vie pèsent sur les dépenses des voyageurs comme sur celles des professionnels. Les tensions géopolitiques viennent également perturber les marchés touristiques et les coûts de déplacement. Pour Rodrigues, l’enjeu est donc de consolider les résultats des dernières années sans modifier profondément le modèle qui fait aujourd’hui son identité.
Avec moins de 45 000 habitants, l’île revendique un tourisme à taille humaine. La limitation du plastique à usage unique participe également à cette volonté de préserver l’environnement et le cadre de vie.
Le développement touristique de Rodrigues passe aussi par ses infrastructures.
À Plaine Corail, le projet d’allongement de la piste de l’aéroport constitue l’un des chantiers importants pour améliorer la desserte de l’île. La piste actuelle mesure 1,3 km. Le projet prévoit une nouvelle infrastructure de 2,1 km, capable à terme d’accueillir des appareils plus importants.
Aujourd’hui desservie notamment par des ATR 72, Rodrigues pourrait ainsi ouvrir la porte à des appareils de plus grande capacité, comme les Airbus A320 ou A321neo.
Cette évolution doit permettre à l’île d’améliorer sa desserte et d’envisager de nouveaux marchés. Mais elle pose aussi une question : comment accompagner cette croissance sans fragiliser ce qui fait l’attrait de Rodrigues ?
Car c’est précisément cette différence que la destination a cherché à mettre en avant à Paris. Une île où l’on vient pour le lagon et les paysages, mais aussi pour marcher, rencontrer les habitants, découvrir les traditions, goûter la cuisine locale ou simplement prendre le temps de vivre au rythme de l’île.
À l’IFTM Top Resa, Rodrigues est donc venue chercher davantage de visibilité sur le marché français. Sans renoncer à ce qui fait aujourd’hui sa singularité : une destination de l’océan Indien à taille humaine, qui entend grandir sans se transformer en destination de tourisme de masse.