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Par, Joey Nicles Modeste - Vendredi 6 mars 2026
Chaque 1er mars, Rodrigues et Maurice célèbrent le lancement officiel de la saison de la pêche à la senne. À Camp Pintade (Rodrigues), habitants et visiteurs se sont retrouvés autour de la traditionnelle Fête du Poisson, une journée haute en couleurs et en saveurs.
Dimanche dernier, 1er mars, dès les premières lueurs du jour, l’effervescence régnait dans plusieurs pêcheries de Rodrigues. À Camp Pintade, Baie du Nord et Pointe Coton, pêcheurs et habitants se sont rassemblés pour célébrer la traditionnelle Fête du Poisson, événement marquant l’ouverture officielle de la pêche à la senne ainsi que celle des pieuvres, appelées localement ourites.
Après les derniers préparatifs, les pêcheurs ont pris la mer à bord de leurs embarcations pour rejoindre le banc de poissons qui aurait été repéré plus tôt. Sur les rivages comme sur l’eau, la mer était au centre de toutes les attentions. Cette célébration annuelle rappelle l’attachement profond de la communauté rodriguaise à son patrimoine maritime et à ses traditions.
Profitant de l’occasion, les autorités régionales ont également mis l’accent sur la nécessité de préserver les lagons et leurs richesses. Elles ont appelé à promouvoir des pratiques de pêche responsables et durables, essentielles à la protection de cet environnement unique.
Le mulet, très attendu, était bien au rendez-vous dans plusieurs pêcheries, offrant de belles prises à certaines, même si toutes n’ont pas eu la chance de réaliser une pêche miraculeuse. Pendant que les pêcheurs étaient en mer, à terre, le poisson demeurait l’attraction principale. Les odeurs de grillades et de cari poisson rappelaient un patrimoine culinaire toujours bien vivant.
Après des heures d’attente, la foule a finalement aperçu le retour d’une pirogue avec le mulet tant espéré. Une véritable course s’est alors engagée pour obtenir un poisson, mais face à l’affluence et à la quantité limitée, certains sont repartis bredouilles. Pas totalement toutefois, car les autorités avaient prévu des dégustations gratuites d’ourites, de poisson et de patate douce, permettant à chacun de savourer les spécialités locales.
Cette ouverture officielle, couplée à la traditionnelle célébration des pêcheurs, a mis en lumière le savoir-faire local. Elle a permis la dégustation de produits frais tout en lançant un message fort en faveur de la préservation des ressources marines. Placée sous le thème « Nou la mer, nou trésor, nou l’avenir, à nou protez li », la fête a lancé un véritable appel à la conscience collective pour la sauvegarde des richesses marines de l’île, faisant de cette journée un moment marquant du calendrier rodriguais.

« C’est authentique, et les Rodriguais ont le cœur sur la main »
Parmi les visiteurs, de nombreux touristes ont été séduits par l’authenticité de l’événement, notamment celui organisé à Camp Pintade par les responsables du tourisme local et l’Assemblée régionale. Laurence, venue de Paris et en vacances en famille sur l’île depuis trois jours, confie : « C’est notre première visite à Rodrigues et nous adorons cette fête. Les initiatives locales comme celle-ci sont authentiques et, surtout, les Rodriguais sont très accueillants et chaleureux. »
Visiblement conquise, la Parisienne poursuit : « Les Rodriguais ont vraiment le cœur sur la main. Aujourd’hui, j’ai eu la chance de découvrir la pêche au poisson, une expérience qui m’a beaucoup plu. Je m’apprête à goûter le poisson fraîchement pêché, dont l’odeur est absolument délicieuse, surtout sous ce soleil radieux qui illumine la journée. »
Un témoignage qui illustre parfaitement l’attrait touristique de cette fête, profondément enracinée dans la culture locale et porteuse des traditions maritimes de l’île.

À la Pêcherie Donald, à Camp Pintade, Jean-Alain Wong So (Commissaire au Tourisme), Franceau Grandcourt (Chef commissaire de Rodrigues), Nicolas Volbert (Commissaire de la Santé) et Varok Ravina (Commissaire de la Jeunesse et des Sports) étaient présents pour l’événement.
Tourisme et préservation : un équilibre à préserver
Le commissaire au Tourisme, Jean Alain Wong So, avant de s’envoler pour l’Allemagne afin de participer, du 3 au 5 mars, au salon ITB Berlin aux côtés de Christiane Agathe, commissaire de la Femme, d’Issana Agathe, directrice de l’Office du Tourisme de Rodrigues, et de Joëlle Speville Hortense, chargée de la promotion du tourisme, a rappelé l’importance de conjuguer tradition et développement durable. « La gestion durable des ressources marines est indissociable du développement touristique de l’île. Pour nous, il est important culturellement que nous gardions cette tradition-là, parce que nous voulons la perpétuer et la transmettre aux prochaines générations. La Commission du tourisme fait tout en sa capacité pour promouvoir la destination. »
Le commissaire Wong So a également souligné que « l’authenticité de Rodrigues réside dans la proximité avec la population, dans les rencontres avec les habitants et dans ce que l’on peut déguster pendant son séjour. »
De son côté, le chef commissaire de Rodrigues, Franceau Grandcourt, a salué l’engagement des pêcheurs rodriguais et reconnu le rôle essentiel des gardes-pêches dans la surveillance et la préservation du lagon. « On peut célébrer la fête des pêcheurs, reconnaître l’engagement des bandes pêcheurs dans la communauté, l’importance de leur contribution à l’activité touristique et à l’économie du pays. »
Des ONG environnementales, telles que Shoals Rodrigues, engagée dans la protection marine, et Terre-Mer Rodrigues, dont la mission est de préserver l’environnement tout en sensibilisant le public au concept d’une île écologique initié par l’Assemblée régionale, étaient également présentes pour proposer expositions et séances de sensibilisation. Parallèlement, une pléiade d’artistes locaux assurait l’animation culturelle.
L’ourite de retour après un mois de fermeture

Depuis dimanche dernier, la pêche à l’ourite a de nouveau été autorisée à Rodrigues, après un mois de fermeture destiné à préserver la ressource et permettre aux pieuvres de se reproduire. Dès l’aube, hommes et femmes, après avoir fait un signe de croix, ont pris la mer à la recherche de la célèbre pieuvre.
À Port Sud-Est, les piquesuses de poulpes, accompagnées des hommes, ont pris place à bord de différentes embarcations pour traverser la passe et atteindre la barrière de corail. À la descente des pirogues traditionnelles, elles se sont mises à l’œuvre : bottes aux pieds, bout de fer à la main et chapeaux de feuilles tressées de vacaos pour se protéger du soleil. Elles ont scruté les failles entre les rochers à la recherche des pieuvres.
Si les ourites se font rares pour cette réouverture de la pêche, une activité majoritairement féminine transmise de génération en génération qui leur permet d’arrondir leur budget, le moral est resté au beau fixe. Certaines évoquaient de belles prises, et au retour, les sourires en disaient long. Du côté de Mourouk, le constat était similaire : les prises n’étaient pas abondantes, mais leur taille a satisfait les pêcheurs, qui ont salué la qualité malgré la quantité limitée. Une partie des ourites sera ensuite préparée avec soin : séchées, coupées, puis vendues sur les marchés de Port-Mathurin, emballées ou exportées vers l’île Maurice.
Ainsi, entre l’ouverture officielle de la pêche à la senne, la reprise de la pêche à l’ourite et l’engagement des femmes comme des générations de pêcheurs, Rodrigues confirme la vitalité de ses traditions maritimes. Ces pratiques ancestrales, célébrées chaque année lors de la Fête du Poisson, ne sont pas seulement un savoir-faire : elles incarnent un lien profond avec la mer et un engagement pour la préservation des richesses marines de l’île, assurant que ces gestes transmis de génération en génération continueront de rythmer la vie de Rodrigues.
Crédits photos © L'Assemblée régionale (Rodrigues), Joey Nicles Modeste et Laval Plaiche